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Cette fragile ressource indispensable à la vie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Ecrit par Simon Boulanger, le 17-07-2007

Publié dans : Articles, Eau


Ressource Eau

Note: Ce texte provient du site de la Fondation québécoise en environnement (http://www.fqe.qc.ca/vw/fs/p019.htm

L'eau est un élément indispensable à la vie. Elle constitue 60 à 65% de la masse de tout être humain [1]. La Terre est la planète du système solaire où l'on trouve le plus d'eau en surface et dans l'atmosphère, d'où son nom de « planète bleue ». De plus, elle est la seule planète connue à ce jour où l'eau existe sous forme liquide. Ces conditions exceptionnelles ont participé à rendre possible le développement de la vie sur notre planète.
 
Malgré l'abondance d'eau sur terre, la ressource en eau douce est limitée. En effet, cette ressource indispensable à l'être humain ne constitue que 2,5% de l'eau couvrant la surface de la Terre. De plus, près de 70% de cette eau douce est inaccessible car prisonnière des glaces, sous forme gazeuse ou enfouie profondément dans le sol. Ainsi, moins de 1% de toute l'eau douce disponible sur terre peut être facilement utilisée pour répondre aux besoins de l'être humain.  
 
En plus d'être limitée, la ressource en eau douce est aussi inégalement répartie à la surface de la terre. En 2000, 450 millions de personnes souffraient de pénuries chroniques d'eau dans 29 pays, majoritairement d'Afrique et du Moyen Orient. D'ici 2050, si les taux actuels de consommation, de croissance démographique et de développement se maintiennent, ces pénuries toucheront les 2/3 de la population mondiale (Agence canadienne de développement international, 2004).

Le Canada est privilégié vis à vis de la ressource en eau. Chaque année, il reçoit 5 500 km3 de pluie, neige et grêle (Statistiques Canada, 2004) (environ 1/8e de toute l'eau évaporée des océans [4]). Par ailleurs, le Québec à lui seul abrite l'une des plus importantes réserves d'eau douce renouvelable au monde, avec 3% du patrimoine mondial [1].
 
Les eaux continentales sont constituées pour presque 97% par les eaux souterraines, si l'on exclut les eaux prises dans les glaces (CNRS, 2005). Cette réserve est extrêmement importante par son volume, mais également à cause du rôle de régulation qu'elle assume vis-à-vis des lacs et rivières. En effet, les eaux souterraines alimentent le débit de base des cours d'eau.
 
Comme le renouvellement des eaux souterraines est très lent (le temps de résidence d'une molécule d'eau y est d'environ 1 400 ans, comparativement à 16 jours pour une rivière ou encore un an pour la plupart des lacs (CNRS, 2005), il est primordial de les préserver de toute contamination qui les rendrait impropres à l'utilisation pendant des temps relativement longs.
 
 

Problèmes liés aux activités humaines

 
1. La surconsommation
 
Au cours du siècle passé, deux facteurs principaux ont entraîné une hausse de la demande en eau : développement industriel et expansion agricole. À elle seule, l'agriculture représente plus de 70% des prélèvements en eau dans le monde [5].
 
En moyenne, au Québec, la consommation domestique d'eau est de 400 litres par jour par individu  (Ministère de l'Environnement, 2003). Cette valeur est bien supérieure aux 80 litres estimés nécessaires par jour et par personne pour assurer la qualité de vie [1].
 
D'après Environnement Canada, jusqu'à 30% du volume total d'eau transporté par canalisation est perdu en raison de la présence de fuites (Environnement Canada, 2005). La saison estivale est propice à la surconsommation d'eau (jusqu'à +50%) du fait du remplissage des piscines et de l'arrosage massif des pelouses. Ainsi, dès la troisième fin de semaine de mai, 180 millions de litres d'eau sont utilisés pour remplir les 44 000 piscines de la ville de Québec, soit assez d'eau pour environ 6 200 personnes pendant toute une année [8].
 
 
2. La contamination
 
Outre la surconsommation, les activités humaines créent des problèmes de contamination des ressources en eau. En effet, ces activités rejettent dans l'eau des substances indésirables issues des égouts sanitaires, des réservoirs souterrains, des huiles de moteur usagées, des sels de route, des engrais, des pesticides, des déchets d'élevage du bétail, etc... Une seule goutte d'huile rend impropre à la consommation 25 litres d'eau potable et 1.0 g de 2,4-D (herbicide) suffit pour contaminer 10 millions de litres d'eau potable (Environnement Canada, 2004).
 
Dans le sud du Québec, l'expansion de l'agriculture a pour conséquence de forts problèmes de contamination des rivières par le phosphore. L'élevage porcin, couplé aux cultures du maïs et du soja à vocation fourragère, produit une grande quantité de fumiers riches en phosphore. De plus, les cultures de maïs consomment la moitié de tous les pesticides vendus au Québec [10]. Plus généralement, deux cours d'eau sur trois dépassent la norme de phosphore dans la vallée du Saint-Laurent et 55% du phosphore provient de sources diffuses d'origine principalement agricoles [11]. Cet élément est la principale cause du phénomène d'eutrophisation, qui entraîne le vieillissement accéléré de lacs tels les lacs Memphrémagog, Waterloo et Boivin [12].
 
L'expansion agricole ainsi que la croissance démographique ont également pour conséquence le recul des milieux humides (par remblai ou drainage) et de la forêt. Ainsi, on estime que 70% des milieux humides aient déjà disparu aux abords des grandes villes du Québec [13].
 
L'agriculture n'est pas la seule source de contamination des eaux. A Montréal, des dizaines de cours d'eau importants sont pollués et menacés d'assèchement [14]. La pollution provient essentiellement du ruissellement sur les routes et du débordement des égouts où transitent les eaux pluviales. Dans le lac Saint-Pierre, les rejets d'industries polluantes, d'égouts municipaux, le dragage et le batillage des navires marchands et des navires de plaisance ont pour conséquence la présence de métaux lourds (notamment du mercure), de produits chimiques, de phosphore et de matières en suspension apportées en grande quantité par les affluents. De plus, les pesticides sont omniprésents [15].
 
Les contaminants peuvent également être transportés par l'air puis être piégés dans les eaux. Cette source aérienne est loin d'être négligeable. En effet, au Canada entre 1998 et 2002, un milliard de kg de produits chimiques toxiques a été largué chaque année dans l'air du bassin des grands lacs par les industries et les services publics [16]. D'ailleurs, une étude a révélé la présence de plus de 360 produits chimiques différents dans l'eau des grands lacs [9]. Les centrales thermiques au charbon des USA et de l'Ontario libèrent aussi de grandes quantités de mercure dans l'atmosphère (44t en 2002 aux USA) [17]. Cet élément est absorbé par les milieux humides du Québec et se retrouve dans les lacs. Non seulement toxique, le mercure est également une substance persistante, ce qui signifie qu'elle tend à se dégrader très lentement dans l'environnement. Au Québec, le mercure contamine plusieurs espèces de poissons tels que le brochet, le doré et le maskinongé.
 
 
3. L'épuration
 
Lutter contre cette contamination implique une épuration efficace des eaux usées rejetées dans l'environnement. Environ 57% des Canadiens sont desservis par une station d'épuration des eaux usées, comparativement à 74% pour les Américains, 87% pour les Allemands et 99% pour les Suédois [9]. La station d'épuration de Montréal dessert toute la ville depuis 1996 seulement [18]. Antérieurement, le secteur du port rejetait ses eaux usées directement dans le fleuve. Cette station traite à elle seule 50% des eaux usées du Québec depuis 20 ans [19]. Mais le traitement reste imparfait car l'usine ne comporte pas de système de désinfection des eaux. Ceci constitue une des sources de pollution majeures du fleuve Saint-Laurent [19].  De plus le système n'a pas la capacité de traiter toutes les eaux lors de pluies abondantes.  En conséquence, la station d'épuration de Montréal envisage fortement l'utilisation de réservoirs de rétention (Pierre Purenne, 2005).
 
Le développement immobilier peut également interférer avec l'efficacité du traitement des eaux usées. Par exemple, la ville de Sherbrooke s'était vu imposer un moratoire sur son développement immobilier en raison d'une surcharge des stations de traitement des eaux usées existantes [20].
 
 
4. Les barrages
 
Un autre impact humain à prendre en compte sur les milieux aquatiques : les barrages. Ils retiennent les sédiments transportés par les rivières. Cela induit une érosion accrue au niveau des embouchures, où ces sédiments ne se déposent plus. De plus, les opérations hydriques font sans cesse fluctuer le niveau des eaux et provoquent l'érosion des berges [22].
 
 
 

La politique nationale de l'eau

 
Au Québec, la politique nationale de l'eau a été lancée en novembre 2002 et a pour objectif la protection de la ressource en eau à travers diverses mesures. Elle confirme le statut de l'eau comme patrimoine collectif appartenant à tous les québécois (Ministère du Développement Durable, de l'Environnement et des Parcs, 2005).
 
1. Protection des territoires
 
La politique nationale de l'eau vise à protéger les territoires. Elle entend reconnaître au fleuve Saint-Laurent un statut en accord avec sa valeur patrimoniale. En effet, le fleuve constitue 40% des eaux douces renouvelables du Québec et, à lui seul, il approvisionne en eau potable 45% de sa population (Ministère de l'Environnement, 2003). Son état de santé avait atteint un seuil critique au début des années 1970, mais les programmes d'assainissement municipal et industriel ont porté leurs fruits et le fleuve va de mieux en mieux. D'autre part, le Ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs a énoncé son intention de protéger les milieux humides à partir de 2006. Ces milieux, en plus d'être des havres naturels pour la faune et la flore, jouent un rôle important de filtration et de régulation des eaux. Un milieu humide de quelques dizaines d'hectares a une capacité d'épuration équivalente à celle d'une usine de traitement des eaux de plusieurs millions de dollars [13].
 
2. Exploitations agricoles
 
Un règlement sur les exploitations agricoles a été émis pour optimiser l'équilibre entre apports de fertilisants et besoins des plantes. Ainsi, les éléments fertilisants non utilisés par les plantes (par exemple le phosphore) ne se retrouvent plus entraînés vers les nappes phréatiques ou les cours d'eau. Soulignons également la participation de 4500 agriculteurs du Québec au projet de restauration de 10 cours d'eau (2005-2010), projet lancé par l'Union des Producteurs Agricoles et la Fondation de la Faune du Québec [24].
 
3. Utilisateur-payeur et pollueur-payeur
 
La politique nationale de l'eau instaure également les concepts de pollueur-payeur et d'utilisateur-payeur. La politique vise l'établissement d'un système de redevance sur l'eau, basée sur la quantité d'eau utilisée par les municipalités, industries, embouteilleurs et les particuliers, afin d'alimenter un fonds national de l'eau. Ce fonds, en appui à la politique, serait utilisé pour financer des programmes de protection et décontamination de l'eau [25].
 
4. Lutte contre le gaspillage
 
Un autre objectif important consiste à limiter le gaspillage en eau. Certaines municipalités réglementent l'utilisation d'eau potable en cas de pénurie et développent des stratégies d'économie d'eau. Par exemple, les camions d'arrosage des plantes sont remplis avec de l'eau non traitée à Québec et Gatineau [26] [27]. À Montréal, certains arrondissements ont créé des lacs de rétention d'eau pluviale afin de capter et réutiliser ces eaux au lieu de surcharger les égouts pluviaux (Réseau de suivi du milieu aquatique, 2003).
 
 

Propositions d'actions

 
Pour préserver notre précieuse ressource en eau, nous pouvons agir efficacement en adoptant des gestes simples.
 
1. À l'intérieur

  • Installez un réducteur de débit d'eau pour la douche (on passe de 20 litres à 14 litres par minute), avec un bouton d'arrêt qui permet de couper l'eau pendant le savonnage;
  • Installez des aérateurs économiques à vos robinets. Ils permettent de réduire de moitié la consommation d'eau et d'énergie;
  • Evitez d'actionner la chasse d'eau inutilement et favorisez l'installation de toilettes économiques en eau (débit divisé par 2) lors de rénovations ou de constructions. Une autre solution : placez dans le réservoir une bouteille lestée et fermée;
  • Choisissez une machine à laver à chargement frontal, qui consomme jusqu'à 40% moins d'eau que les modèles que l'on charge par le dessus. Et utilisez des détergents sans phosphate;
  • Préférez les douches rapides aux baignoires bien remplies (76 litres économisés en moyenne);
  • Un robinet qui dégoutte peut gaspiller jusqu'à 100 litres d'eau par jour : remplacez les rondelles d'étanchéité défectueuses dès que possible.

   
2. À l'extérieur

  • Nettoyez l'entrée de garage avec un balai plutôt qu'avec le tuyau d'arrosage;
  • Utilisez un seau et une éponge pour laver votre voiture plutôt qu'un jet d'eau continu;
  • Placez de la paille autour des arbres et des plantes pour les aider à retenir l'eau;
  • Plantez des arbres, arbustes et végétaux ligneux pour qu'ils absorbent une partie des eaux de pluie et pour limiter le ruissellement;
  • Récupérez l'eau de pluie dans une citerne recouverte de moustiquaire. Un simple baril de 200 litres peut faire l'affaire (Coop La maison verte, 2004);
  • A plus grande échelle : l'installation de toits verts sur les bâtiments permet de récupérer 70 à 80% des eaux de pluie en été (Green Roofs for Healthy Cities, 2004).

 
3. Pour limiter la contamination à la source
 

  • Choisissez des produits marqués du logo écologique «choix environnemental» et contribuez à réduire le rejet de substances nocives dans l'environnement et les eaux;
  • Évitez de jeter des produits domestiques toxiques dans l'égout;
  • Apportez vos médicaments périmés à votre pharmacien. Ne les jetez pas dans les toilettes.

 
 
Sources détaillées
 
[1] Corporation St-Laurent, cycle de l'eau.org, 2003.
[5] Agence France Presse, 18 mars 2005.
[8] Marie Caouette, Le Soleil, 20 mai 2005.
[10] Charles Côté, La Presse, 3 mai 2005.
[11] Louis-Gilles Francœur, Le Devoir, 29 avril 2005.
[12] Caroline Boisclair, La Voix de l'Est, 16 juin 2005.
[13] Jean-Philippe Fortin, La Presse, 30 mai 2005.
[14] Charles Côté, La Presse, 14 décembre 2004.
[15] Brigitte Trahan, La Presse, 4 décembre 2004.
[16] PC, Le Devoir, 8 juin 2005.
[17] Charles Côté, La Presse, 12 janvier 2005.
[18] Sébastien Rodrigue, La Presse, 21 juin 2005.
[19] Sébastien Rodrigue, La Presse, 29 avril 2005.
[21] Denis Dufresne, La Tribune, 19 avril 2005.
[22] Yves Soucy, Le Droit, 8 février 2005.
[24] Charles Côté, La Presse, 1er janvier 2005.
[25] Presse Canadienne, 1er décembre 2004.
[26] Dominique La Haye, Le Droit, 13 juin 2005.
[27] Presse Canadienne, 15 août 2005.
 
* Textes : Marie Larchevêque, PhD


© 2006 La Fondation québécoise en environnement
    


Dernière mise à jour : 27-09-2007

   
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Tags : eau


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