QUEBEC - Malgré une forte opposition des groupes environnementaux, le gouvernement Charest a donné mercredi le feu vert au controversé projet de port méthanier Rabaska, à Lévis.
Les ministres de l'Environnement, Line Beauchamp, et des Ressources naturelles, Claude Béchard, ont justifié le décret adopté par le conseil des ministres en signalant que la construction du terminal entraînera un investissement privé de 840 millions $ et la création de 5000 emplois.
Le ministre Béchard a soutenu qu'il s'agissait d'un projet "structurant" sur le plan énergétique, qui permettra au Québec de réduire sa dépendance au gaz de l'Ouest canadien. Sa collègue Beauchamp a pour sa part affirmé que Rabaska a été l'objet d'un processus d'autorisation rigoureux et qu'il a reçu l'aval du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. "Aucun des ministères et organismes que nous avons consultés n'a émis d'avis défavorable au projet", a lancé la ministre de l'Environnement, qui soutient que ce port méthanier va aider le Québec à réduire les émissions de gaz à effet de serre. "Le projet Rabaska lui-même présente une augmentation, mais nous avons démontré que nous étions en mesure de mettre en place un programme de conversion du mazout au gaz naturel, dans l'esprit de notre plan d'action sur les changements climatiques", a-t-elle déclaré. Pourtant, la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) a refusé de dézoner les terres agricoles convoitées par le promoteur, et les groupes environnementaux QuébecKyoto, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique ainsi que la Coalition Rabat-Joie, notamment, ont désapprouvé le projet. "Nous avons toutes les réponses positives, nous avons tout étudier, depuis trois ans et demi, tout ce qui a été fait au BAPE. Nous avons entendu tout le monde et, à un moment donné, comme gouvernement, nous devons décider", a tranché le ministre Béchard. Mme Beauchamp a ajouté que le gouvernement "se montrait exigeant envers le promoteur" en assortissant le décret de différentes conditions. "Les conditions couvrent la gestion des sols, la gestion des eaux usées, les émissions atmosphériques, la protection de la faune, l'aménagement du territoire et la protection du paysage", a expliqué la ministre, qui dit recommander le projet "avec beaucoup de confiance". Le projet Rabaska, mené par une société formée de Gaz Métro, Gaz de France et Endbridge, consiste à construire un terminal d'accueil des navires méthaniers qui transportent à leur bord du gaz naturel liquéfié. Ce gaz serait par la suite regazéifié dans les installations de l'entreprise. Le député adéquiste de Lévis, Christian Lévesque, s'est réjoui de la décision du gouvernement de permettre au projet d'aller de l'avant. Toutefois, il a déploré que le gouvernement Charest ait dessaisi la CPTAQ du dossier pour gagner du temps après avoir fait preuve, selon lui, d'un manque de leadership. Au Parti québécois, le porte-parole en matière d'énergie, Sylvain Gaudreault, déplore que le gouvernement ait agi sans d'abord demander à la Régie de l'énergie de statuer sur les besoins du Québec en matière de gaz naturel. Puis, à Ottawa, le député néo-démocrate et ex-ministre québécois de l'Environnement, Thomas Mulcair, s'est dit "déçu mais pas surpris" de la décision d'autoriser le port méthanier, auquel il s'était vivement opposé alors qu'il siégeait à l'Assemblée nationale. "Par le passé, on a déjà vu des décisions similaires sur lesquelles le gouvernement a été obligé de revenir. Je pense que ça va être encore le cas ici. Je pense qu'ils ont sous évalué à quel point les gens dans la région de Québec ont des réserves, avec raison, sur ce projet là", a-t-il commenté. M. Mulcair affirme qu'il est "très sérieusement inquiet" pour la sécurité de la population ainsi que pour les écosystèmes voisins, dont le Saint-Laurent lui-même. Dernière mise à jour : 29-10-2007
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