Vous souhaitez vous installer dans une ville verte? Bonne chance. Selon une étude effectuée par La Presse et l'INRS, la plupart des grandes municipalités québécoises peinent à réaliser leurs objectifs en matière d'environnement. Et celles qui traînent le plus la patte ne sont pas toujours celles qu'on pense, découvre-t-on dans ce premier volet d'une série de deux sur le Québec vert et ses grandes villes.
Forte dépendance à l'automobile, trop de déchets destinés à l'enfouissement et pas assez d'espaces verts protégés. Les plus grandes villes québécoises accumulent du retard sur les objectifs reconnus en matière d'environnement, selon une étude inédite menée auprès de 38 municipalités par La Presse et l'INRS (institut national de recherche scientifique). En fait, aucune ne mérite le titre de ville verte.
>>Les villes par grands thèmes >>Les principales conclusions de l'étude.
Le coordonnateur de l'étude, Gilles Sénécal, constate que la majorité des villes commencent à peine à s'intéresser sérieusement aux questions environnementales. «Il y a peu d'innovation et d'ambition hormis les grandes villes très programmées», précise-t-il.
Plusieurs données ont été prises en compte dans cette analyse: le nombre d'épisodes de soins annuels pour des maladies respiratoires chez les moins de 14 ans, le pourcentage de déplacements quotidiens en voiture pour se rendre au travail, le pourcentage du territoire conservé en espaces verts, le poids des déchets enfouis et des déchets recyclés ainsi que le nombre d'accidents impliquant des piétons.
Les villes de Québec, Gatineau, Lévis et Blainville s'en sortent le mieux. Il s'agit toutefois de performances mitigées. Blainville récupère beaucoup et protège ses espaces verts, mais la municipalité laisse une place considérable à l'automobile. Les gatinois recyclent moins que les autres, mais ils utilisent davantage les alternatives à la voiture.
Les villes en queue de peloton sont Mascouche, Mirabel, Repentigny, Saguenay, Salaberry-de-Valleyfield et Saint-Eustache. Elles enfouissent une quantité de déchets plus importante que les autres. Plusieurs d'entre elles ont tout de même un niveau de recyclage dans la moyenne. Elles ont aussi un faible pourcentage de leur territoire transformé en espaces verts. Le «tout-à-l'auto»
Les déplacements quotidiens s'effectuent en automobile à 85% en moyenne dans les grandes villes. Les banlieues du nord de Montréal - Mascouche, Blainville, Repentigny, Mirabel, Terrebonne - sont parmi les moins friandes des transports collectifs. Les habitants y utilisent la voiture pour plus de 90% des déplacements.
Montréal reste la ville où la voiture est la moins utilisée. Les populations de Brossard, Longueuil, Côte-Saint-Luc, Pointe-Claire, Gatineau et Québec recourent aussi moins souvent à l'automobile.
Les observateurs s'entendent pour dire que l'aménagement des villes conduit à cette domination de la voiture. «Les villes sont des attardées de l'aménagement du territoire», laisse tomber le directeur général de l'organisme vivre en ville, Alexandre Turgeon.
Selon Florence Junca-Adenot, professeure en études urbaines à l'uqam, les quartiers doivent s'articuler autour des transports en commun et regrouper dans un rayon restreint des habitations variées, des commerces et des bureaux pour réduire le recours à la voiture. «Il faut faire l'inverse de l'urbanisme des 30 dernières années», conclut-elle.
Mme Junca-Adenot estime que la région métropolitaine pourrait, par exemple, revenir au niveau d'utilisation des transports en commun du début des années 80, où un peu plus de 30% des déplacements se faisaient sans la voiture. Ce niveau est aujourd'hui d'environ 20%.
De son côté, le maire de Saint-Jérôme, Marc Gascon, constate que les villes atteindront bientôt un niveau de saturation des automobiles. «Il y a beaucoup d'efforts, mais c'est difficile d'amener les jeunes dans les transports en commun», dit-il. Le maire Gascon admet que les municipalités devront contraindre davantage l'utilisation de la voiture, donner une meilleure place aux piétons et revoir l'aménagement urbain.
Enfouissement galopant
Les données recueillies par La Presse et l'INRS démontrent que les villes enfouissent près de cinq fois plus de déchets qu'elles n'en recyclent. Pour chaque habitant, les villes enfouissent en moyenne 400 kilos de déchets par année, alors qu'elles en recyclent 85 kilos.
Les municipalités de Victoriaville, Sherbrooke et Lévis recyclent le plus. Montréal se retrouve aussi en tête pour le recyclage. La métropole appartient toutefois au groupe des plus importants producteurs de déchets per capita pour le dépotoir avec Mirabel, Mascouche, Pointe-Claire, Repentigny, Salaberry-de-Valleyfield et Saint-Eustache.
Les plus faibles taux de recyclage se retrouvent toutefois dans d'autres communautés, soit Trois-Rivières, Longueuil, Laval, Côte-Saint-Luc, Dollard-Des-Ormeaux et Saguenay.
Le directeur du front commun pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard, explique que la croissance de la consommation a éliminé la plupart des efforts des villes. «Malgré l'augmentation du taux de recyclage, la production de déchets augmente beaucoup plus rapidement», dit-il. M. Ménard souligne que les municipalités n'ont pas de contrôle sur les produits mis en marché, mais qu'elles ont la responsabilité d'en disposer.
Bien peu de villes atteindront d'ailleurs l'objectif, fixé par le gouvernement, de récupérer 60% des déchets cette année. Selon M.Ménard, les villes doivent rapidement implanter la collecte des matières putrescibles pour y arriver.
Le maire de Salaberry-de-Valleyfield, Denis Lapointe, ajoute pour sa part que les coûts galopants de l'enfouissement des déchets obligeront les villes à revoir le traitement des matières résiduelles d'ici les deux prochaines décennies. M. Lapointe estime que les villes devront recourir à des innovations technologiques comme la gazéification pour détourner les déchets des dépotoirs.
Stagnation des espaces verts
Les données sur les espaces verts démontrent le retard des municipalités. La moyenne se chiffre à 4% des espaces protégés, mais seulement 10 municipalités dépassent cette moyenne. Châteauguay arrive loin en tête et les villes de Blainville, Drummondville, Gatineau, Shawinigan et Québec font aussi bonne figure. À l'inverse, Alma, Matane, Laval, Dollard-des-Ormeaux, Mascouche, Saint-Hyacinthe, Sherbrooke, Saint-Eustache, Saint-Jérôme, Trois-Rivières et Victoriaville protègent moins de 2% de leur territoire.
Éric Duchemin, professeur associé à l'institut des sciences de l'environnement de l'uqam, note que les municipalités n'ont aucune obligation à cet égard et que la tendance est plutôt à la réduction des espaces verts. «Il y a beaucoup de travail à faire en milieu urbain, parce qu'on n'ose pas imaginer que la nature est en ville», dit-il. En amérique du nord, certaines villes ont pour objectif de protéger jusqu'à 12% de leur territoire. Source: La Presse Dernière mise à jour : 18-03-2008
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