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Ecrit par Simon Boulanger, le 17-07-2007

Publié dans : Articles, Sol


Ressource Sol
Note: Ce texte provient du site de la Fondation québécoise en environnement (http://www.fqe.qc.ca/vw/fs/p020.htm)
 
Le sol est indispensable aux activités humaines, d'où l'importance de veiller à son utilisation durable. Il remplit quatre fonctions principales (Université de Moncton, 2005):
 

  • biologique, puisqu'il abrite de nombreuses espèces animales et végétales;
  • alimentaire, puisque le sol accumule certains des éléments nécessaires à la vie (calcium, potassium) et les met à la disposition des plantes et des animaux, en plus de l'air et de l'eau;
  • de filtre, puisqu'il agit comme système épurateur qui transforme l'eau qui le traverse;
  • de support et de matériau, pour la construction des bâtiments, des routes, des barrages, des canaux et pour la poterie.       
 

Dégradation des sols
 
En 1992, 23% des terres mondiales utilisables (hors montagnes et déserts) souffraient d'une baisse de productivité due à une dégradation avancée. Les causes de cette dégradation sont diverses, et favorisent l'érosion des sols (Programme des Nations Unies pour l'Environnement, 1992) :
 
Au Québec, la dégradation des sols, qui se traduit par leur appauvrissement en matière organique, par leur compactage et leur acidification, est principalement liée aux pratiques agricoles ayant cours depuis plusieurs décennies [3] :
 

  • déforestation;
  • abandon des rotations culturales de longue durée;
  • monoculture de plantes annuelles;
  • utilisation de machineries de plus en plus lourdes;
  • travail intensif des sols;
  • drainage;
  • utilisation abondante d'engrais chimiques et de pesticides.       
Au cours des dernières décennies, le démantèlement de complexes industriels désuets a révélé le problème des terrains contaminés, notamment en milieu urbain. Pour remédier à cette situation, le Ministère de l'Environnement a mis en place le programme Revi-sols en 1997 qui a pour objectif la décontamination des sols. Rien qu'au Québec, en 2001, 5 125 sites contaminés ont été dénombrés. Ils sont concentrés pour la plupart dans les régions de Montréal, de la Capitale Nationale et en Montérégie. Au premier avril 2002, trois ans après le début du programme, 89 terrains contaminés ont été revitalisés à Montréal, 19 à Québec et 29 dans les autres municipalités [4].
 
 
Agriculture intensive
     
L'agriculture intensive (ou industrielle, ou productiviste) continuelle d'une seule culture constitue la première étape du processus de dégradation des sols. Ce système de production agricole, fondé sur l'optimisation de la production par rapport à la surface cultivée, implique l'usage :
 
  • d'engrais chimiques
  • de pesticides
  • de régulateurs de croissance
  • des techniques modernes de machinerie, d'irrigation, et de drainage du sol
  • des techniques de modification génétique (OGM)      

Elle a pour conséquences l'épuisement des nutriments du sol et celui des eaux souterraines, ainsi que le rejet en trop grande quantité d'éléments indésirables (i.e. Azote (N), Phosphore (P), composés chimiques) dans les cours d'eau ou leur percolation vers les eaux souterraines.
 
Au Québec, le nombre d'agriculteurs dans la population est passé de 27% en 1931 à 1,3% en 2005.  Le nombre de fermes a diminué mais la taille des exploitations agricoles a augmenté, et la nature de la production a changé. En effet, les prés où les vaches broutaient sont remplacés par ce qu'il est convenu d'appeler des usines de production intensive. De même, l'ancienne technique de l'alternance des cultures a cédé la place à des champs de monoculture à perte de vue (Daniel Baril, 2005).

Dans la Province, 15,5% des recettes totales de la production agricole sont générées par l'industrie porcine. La moitié des porcs québécois sont destinés à l'exportation dans plus de 75 pays [6]. Leur alimentation est principalement constituée par du maïs. De plus, cette industrie génère de grandes quantités de lisiers riches en phosphore dont l'élimination peut poser des problèmes de contamination des eaux.

 

Plan agroenvironnemental
 
On doit cependant noter que plus du tiers des fermes québécoises appliquent un plan agroenvironnemental, comparativement à seulement une ferme sur huit pour l'ensemble du Canada [7]. L'Union des Producteurs Agricoles (UPA) a initié cette démarche positive dès 1994, et élaboré une stratégie agroenvironnementale pour soutenir et encourager les producteurs et productrices dans cette voie. Trois objectifs majeurs ont été définis :

  • réaliser un portrait agroenvironnemental des fermes québécoises;
  • instaurer un réseau de services-conseils en agroenvironnement;
  • implanter un processus d'autoresponsabilisation par la certification.

 
Plusieurs axes ont été ciblés dans le Cadre d'intervention provincial en agroenvironnement de l'UPA :
 

  • La réduction de la pollution diffuse et localisée (azote et phosphore);
  • Le traitement des lisiers et la réduction des rejets d'azote et de phosphore dans les fumiers;
  • La réduction de la pollution diffuse par les pesticides;
  • La réduction de l'érosion hydrique et éolienne des sols;
  • La réduction des odeurs à l'épandage de lisiers et fumiers.

 
Entre 1997 et le 1er mars 2005, quinze agents ont réalisé plus de 1 000 activités de sensibilisation ayant rejoint au-delà de 41 000 producteurs, et les fédérations spécialisées affiliées à l'UPA ont participé à la production de plusieurs guides et publications d'intérêt  (Union des Producteurs Agricoles, 2006).
 

Les pesticides
 
Les pesticides sont des substances destinées à prévenir, à détruire, à éloigner ou à réduire une population d'organismes que l'on considère comme nuisibles [9]. Après la deuxième guerre mondiale, leur utilisation a permis de réduire l'impact des organismes nuisibles et d'obtenir un rendement agricole plus élevé [10]. Cependant, cette utilisation a également été la première cause d'abandon des pratiques agricoles traditionnelles nécessaires à la bonne conservation des sols. Le maïs, principale monoculture du Québec, monopolise à lui seul 50% de la quantité totale de pesticides utilisés en agriculture [11].
 
Lorsqu'on applique des pesticides, l'environnement immédiat du milieu ciblé, soit l'eau, l'air et le sol peut aussi être contaminé par ces substances toxiques. En effet, la plupart des pesticides sont peu sélectifs et peuvent avoir des effets nocifs sur des organismes non visés, y compris l'être humain [9]. L'agriculture utilise 80% des pesticides produits, mais la quantité utilisée par unité de surface est beaucoup plus importante en milieu urbain. En outre, le niveau d'exposition est beaucoup plus élevé en ville, en raison de la densité de population (Coalition pour les Alternatives aux Pesticides, 2005). Les terrains de golf sont les espaces verts qui reçoivent le plus de pesticides au mètre carré. Ces substances sont également pulvérisées en forêt pour stopper la croissance de plantes en compétition avec les essences à valeur économique.
 
Les pesticides peuvent être la cause d'intoxications, notamment chez les enfants de 0 à 15 ans. De plus, des études expérimentales et épidémiologiques ont montré que divers types de cancers pourraient y être associés [11]. Enfin, ils pourraient être responsables de dérèglements des systèmes reproducteur, endocrinien, immunitaire et nerveux. Au niveau environnemental, les pesticides peuvent s'accumuler dans la chaîne alimentaire et mettre en péril les populations de gros mammifères tels que les bélugas. Ils détruisent les organismes bénéfiques et essentiels à l'équilibre environnemental tels les vers de terre, les abeilles et les prédateurs naturels des parasites. À terme, ils rendent les insectes nuisibles et les mauvaises herbes génétiquement résistants, ce qui implique d'augmenter les doses et la toxicité des produits pour conserver leur efficacité (Coalition pour les Alternatives aux Pesticides, 2005).
 
Au Québec, la vente et l'utilisation des pesticides sont réglementées depuis 1987, par la Loi sur les pesticides qui vise à susciter une utilisation rationnelle et sécuritaire de ces produits [7]. En avril 2003, le Code de gestion des pesticides interdit l'utilisation de 22 pesticides particulièrement nocifs pour la santé et l'environnement sur les pelouses des espaces verts publics, parapublics et municipaux. A compter d'avril 2006, ces règles s'étendront aux espaces verts privés et commerciaux.
 
 
Les organismes génétiquement modifiés (OGM)
 
Un OGM est un être vivant dont le matériel génétique a subi une transformation spécifique par la méthode appelée transgénèse. Cette technique de génie génétique permet l'ajout d'un ou de plusieurs gènes étrangers (transgène) au génome d'un être vivant, de façon à provoquer une ou des modifications dans les caractéristiques de ce dernier (Gouvernement du Québec, 2005).
 
Les OGM sont communément utilisés pour :

  • la production agricole : il peut s'agir de tolérance à un herbicide ou à des insectes
  • les applications industrielles : par exemple, produire des cotons de couleur pour éviter les teintures
  • les applications alimentaires : améliorer la conservation de fruits en retardant leur flétrissement
  • les applications médicales : produire des composés médicaux, tels que le collagène.

 
Au Canada, les cultures d'OGM ont été pratiquées sur 5,4 millions d'hectares en 2004, ce qui représente une hausse de 23% par rapport à 2003. La part canadienne représente 6% du total mondial, ex-aequo avec le Brésil et derrière l'Argentine (20%) et les Etats-Unis (59%) [14]. Au Québec, seulement trois espèces transgéniques sont cultivées commercialement : 31% du maïs, 28% du soya et 65% du canola [15].
 
Les risques associés à l'utilisation des OGM sont mal connus à cause du nombre important de variables à considérer. Les effets observés en laboratoire et en champs ne convergent pas forcément. Les cultures d'OGM peuvent transmettre leurs transgènes à d'autres cultures conventionnelles ou biologiques et provoquer une pollution génétique irréversible des semences agricoles [16]. De plus, la transmission des transgènes peut également se faire vers des mauvaises herbes, des insectes, ou des microorganismes et entraîner l'apparition de caractères indésirables chez ces organismes, comme la résistance à des pesticides.
 
Depuis leur introduction en 1996, plus de 50 incidents de contamination illégale ou non autorisée de cultures vivrières et de l'environnement par des OGM ont été relevés dans 25 pays sur les cinq continents [17]. Un autre problème est celui de la réduction de la biodiversité observée dans les campagnes où des pesticides plus puissants que les conventionnels sont utilisés sur des cultures transgéniques à qui l'on a conféré une résistance accrue aux pesticides [18]. Enfin, les scientifiques s'accordent sur le fait qu'il existe des incertitudes vis à vis des risques liés à l'ingestion d'OGM, ou de produits dérivés. Les données disponibles sont limitées, ce qui justifierait l'application du principe de précaution (René Scalla, Jean-Michel Wal et Yvonne Duval-Iflah, 1998). Or, actuellement, aux États-Unis, environ 75% des produits alimentaires transformés contiennent des OGM [20].
 
 
Agriculture biologique
 
L'agriculture biologique a pour objectifs de (Daniel Delerue, 2004):

  • permettre aux sols de conserver leur fertilité naturelle;
  • privilégier l'autonomie des exploitations agricoles;
  • établir des relations directes avec les consommateurs;
  • fournir des produits de qualité;
  • respecter l'environnement.

 
La règle essentielle de l'agriculture biologique est de respecter les écosystèmes naturels, ce qui conduit au refus du recours aux produits chimiques de synthèse afin de:

  • préserver les équilibres naturels du sol et des plantes;
  • favoriser le recyclage;
  • rechercher l'équilibre en matières organiques;
  • choisir les espèces animales et végétales adaptées aux conditions naturelles;
  • respecter au mieux les paysages ainsi que les zones sauvages;
  • préserver la biodiversité.

 
Limiter la présence de résidus chimiques dans les plantes et réduire l'ajout de substances diverses lors de la transformation des produits permet aux opérateurs de la filière agrobiologique de proposer au consommateur des aliments sains et équilibrés. De plus, l'agriculture biologique offre une traçabilité des produits et aide à rassurer les consommateurs lors d'événements tels que la maladie de la vache folle et la tremblante du mouton [22]. D'autre part, le respect du cahier des charges de l'agriculture biologique implique l'interdiction absolue d'utiliser des Organismes Génétiquement Modifiés, afin de s'affranchir de tout risque de pollution génétique ou de déséquilibre causé par leur présence (Daniel Delerue, 2004).
 
Au Québec, on comptait 425 exploitations biologiques en 1998, 700 en 2000, et 1000 en 2003. Cette croissance concerne également les points de vente de produits biologiques, dont le nombre est passé de 400 en 2000 à plusieurs milliers aujourd'hui [23]. La plupart des cultures biologiques ont un rendement plus faible, mais cela est compensé par un revenu brut à l'acre supérieur à celui des produits cultivés de manière conventionnelle pour la moitié des produits [24]. Cependant, malgré l'engouement des consommateurs et l'explosion des marchés, la conversion de l'agriculture traditionnelle vers l'agriculture biologique reste limitée, notamment à cause des difficultés rencontrées par les agriculteurs pendant la longue phase de transition de trois ans au minimum [20].
 
 
Propositions d'actions
 
Pesticides

  • Retirez les mauvaises herbes à la main ou en sarclant;
  • Retirez les insectes à la main ou à l'aide d'un puissant jet d'eau;
  • Une boîte de conserve, ouverte aux deux bouts et partiellement enfoncée dans le sol autour des plants nouvellement repiqués empêche les vers gris de les faucher;
  • Un cercle de papier goudronné autour de la base des plantes empêche les mouches d'y pondre leurs œufs;
  • Attirez dans votre jardin des insectes utiles qui mangeront les ravageurs;
  • La Table québécoise sur l'herbe à poux propose des fiches d'aide à la décision;
  • Il existe de nombreuses alternatives aux insectifuges chimiques, notamment les produits à base d'huile de pépins de raisin, de citronnelle, de jonc odorant et d'eucalyptus;
  • Si vous devez acheter un pesticide, consultez un vendeur pour connaître les produits nécessaires pour régler votre problème et qui sont moins nocifs;
  • N'achetez que les quantités dont vous avez besoin.

 
Jardinage écologique
 

  • Fabriquez votre propre compost et étendez-en un peu sur votre terrain et dans vos plates-bandes. Le compost ajoutera des minéraux et favorisera l'activité biologique de votre sol.  
  • Aérez et ratissez légèrement votre pelouse au printemps, dès qu'elle n'est plus détrempée. Ainsi, l'eau et l'air pénétreront mieux vers les racines.
  • Conservez une longueur de 6 ou 7 cm pour les brins d'herbe de votre pelouse, car plus le gazon est long, plus ses racines sont profondes.
  • Réensemencez chaque année les espaces dégarnis au printemps ou à l'été. En effet, une pelouse clairsemée est invitante pour les mauvaises herbes. Utilisez un mélange de graminées, incluant des variétés résistantes aux maladies et ajoutez du trèfle, qui diminue le besoin de fertilisants.
  • Exigez un mélange d'engrais 100% naturels qui se libèrent lentement, à base de phosphate de roche, basalte, poudre d'os, farine de plumes, etc.
  • Inspirez vous des plantes qui poussent naturellement dans votre région pour créer vos arrangements paysagers.

Pour en savoir plus :
Guide pour un jardinage biologique sans pesticides du Fonds Mondial pour la Nature
 
OGM
 

  • Essayez de vous maintenir au courant des dernières découvertes scientifiques par rapport à la dispersion des gènes dans l'environnement, et communiquez tout ce que vous apprenez aux membres de votre famille. Ils sont des consommateurs comme vous !   
  • Informez-vous par rapport aux politiques d'étiquetage de votre province ou de votre pays. Cela vous donnerait un coup de pouce pour identifier les produits que vous ne voulez pas apporter à la maison !
  • Participez aux sessions d'information et aux débats organisés sur le sujet dans votre communauté, votre école ou association professionnelle.

 
Agriculture biologique
 

  • Favorisez l'achat d'aliments biologiques, certifiés au Québec par le Mouvement pour l'Agriculture biologique (MAB) et l'Organic Crop Improvment Association (OCIA);
  • Consultez le portail bio et environnement BioDir, répertoire de sites Internet du domaine bio et de l'environnement.

 
 
Sources détaillées
 
[3] Guy Lévesque, La dégradation des sols, 1995. Ma santé, mon environnement, Comité de santé environnementale du Québec, Sainte-Foy, Québec : Publications du Québec.
[4] Michel Beaulieu, Jocelyne Hébert, Bilan du programme Revi-sols après 3 ans d'application, 2002.
[6] Malorie Beauchemin, Le Devoir, 16 mars 2005.
[7] François Berger, La Presse, 2 juin 2005.
[10] Mayer AM, Historical changes in the mineral content of fruits and vegetables. British Food Journal, 99(6): 207-211, 1997.
[11] MENV, Synthèse des informations environnementales disponibles en matière agricole au Québec. Direction des politiques du secteur agricole, Québec, Envirodoc, ENV/2003/0025 : 143p, 2003.
[14] Claude Turcotte, Le Devoir, 13 janvier 2005.
[15] Fabien Deglise, Le Devoir, 30 mars 2005.
[16] Fabien Deglise, Le Devoir, 2 décembre 2004.
[17] CNW Telbec, 30 mai 2005.
[18] Fabien Deglise, Le Devoir, 23 mars 2005.
[20] Associated Press, Trenton, New Jersey, 24 mars 2005.
[22] Laurence Clavel, Le Devoir, 16 mars 2005.
[23] Réginald Harvey, Le Devoir, 22 septembre 2004.
[24] Réjean Lacombe, Le Soleil, 9 mars 2005.
 
 
* Textes : Marie Larchevêque, PhD
 
© 2006 La Fondation québécoise en environnement
    


Dernière mise à jour : 27-09-2007

   
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Tags : ressources, sol


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